Séance avec Xavier


L'obligation de produire aliène la passion de créer.


Dans une société industrielle qui confond travail et productivité, la nécessité de produire à toujours été antagoniste au désir de créer. Que reste-t-il d'étincelle humaine, c'est à dire de créativité possible, chez un être tiré du sommeil à six heures chaque matin, cahoté dans les trains de banlieue, assourdi par le fracas des machines, lessivé, bué par les cadences, les gestes privés de sens, le contrôle statistique, et rejeté vers la fin du jour dans les halls de gare, cathédrales de départ pour l'enfer des semaines et de l'infime paradis des week-ends, où la foule communie dans la fatigue et l'abrutissement?


De l'adolescence à l'age de la retraite, les cycles de vingt quatre heures font succéder leur uniforme émiettement de vitre brisé: fêlure du rythme figé, fêlure du temps-qui-est-de-l'argent, fêlure de la soumission aux chefs, fêlure de l'ennui, fêlure de la fatigue. De la force vive déchiquetée brutalement à la déchirure béante de la vieillesse, la vie craque de partout sous les coups de travail forcé.


Faudra-t-il autant de sang pour attester que cent mille coups d'épingle tuent aussi sûrement que trois coups de massue?